
Les Femmes qui ont fait la France

Rescapée de la déportation à Auschwitz, Simone Veil devient magistrate puis ministre de la Santé en 1974, au cœur d’une Ve République encore largement dominée par les hommes. Elle porte la loi de dépénalisation de l’IVG en affrontant une violence politique et verbale rare, ce qui en fait une figure centrale des droits des femmes. Première présidente élue du Parlement européen, elle incarne aussi un projet d’Europe de paix et de mémoire, avant d’entrer au Panthéon en 2018.
Née en Tunisie dans une famille modeste, Gisèle Halimi se bat très tôt contre l’injustice, y compris au sein de sa propre famille. Avocate, elle se fait connaître en défendant Djamila Boupacha, militante du FLN torturée et violée par des militaires français, et transforme ses procès en tribunes politiques contre la torture et pour les droits des peuples colonisés. Co-fondatrice du mouvement « Choisir la cause des femmes », elle joue un rôle clé dans la bataille pour la dépénalisation de l’avortement et pour la reconnaissance du viol comme crime.

Écrivaine de dimension internationale, Marguerite Yourcenar est la première femme à entrer à l’Académie française en 1980, brisant une exclusion symbolique de plusieurs siècles. Son œuvre, marquée par une grande exigence littéraire et une forte culture historique, interroge le pouvoir, la responsabilité morale et le rapport au temps. Elle défend des positions écologistes et pacifistes, et reste une référence pour celles et ceux qui revendiquent la pleine légitimité des femmes dans le canon littéraire.


Écrivaine guadeloupéenne majeure, Maryse Condé donne voix, dans ses romans et essais, aux héritages de l’esclavage, de la colonisation et du racisme, en plaçant souvent des personnages féminins complexes au centre du récit. Elle explore les identités caribéennes, africaines et diasporiques, les rapports de pouvoir, le désir et l’exil, dans une langue à la fois très incarnée et profondément politique. Elle préside le Comité pour la mémoire de l’esclavage et contribue à inscrire cette question au cœur de la mémoire républicaine contemporaine.

Sous la IIIᵉ République, Hubertine Auclert se fait connaître comme l’une des toutes premières suffragettes françaises à revendiquer clairement le droit de vote des femmes. Elle fonde plusieurs organisations, crée le journal « La Citoyenne » et n’hésite pas à employer des formes d’action directe, comme le refus de payer l’impôt ou la perturbation symbolique d’élections, pour dénoncer l’exclusion politique des femmes. Par sa radicalité, elle ouvre la voie à un féminisme frontalement politique, centré sur la citoyenneté et l’égalité civique.
Journaliste, éditorialiste et femme de réseaux, Louise Weiss engage sa plume et son influence pour la paix après la Première Guerre mondiale, puis pour le suffrage féminin dans les années 1930. Avec son association « La Femme nouvelle », elle organise campagnes d’affichage, happenings et actions inspirées des suffragettes anglo-saxonnes pour attirer l’attention sur l’injustice du non-vote des femmes. Européiste convaincue, elle devient plus tard députée européenne, incarnant un lien entre féminisme, pacifisme et construction européenne.


Institutrice, communarde, déportée en Nouvelle-Calédonie, Louise Michel est l’une des grandes figures révolutionnaires du XIXᵉ siècle. Son engagement pour la Commune de Paris mêle défense du peuple, volonté d’éducation pour toutes et tous, et place faite aux femmes dans le combat politique. Après son retour, elle parcourt la France pour donner des conférences, rester fidèle à ses idées anarchistes et soutenir les luttes sociales, devenant une icône durable de l’émancipation.
Première femme psychiatre en France, Madeleine Pelletier s’attaque de front aux normes de genre de son temps, que ce soit dans sa pratique professionnelle, son apparence ou ses écrits. Elle milite pour le suffrage des femmes, pour l’accès à la contraception et pour le droit à l’avortement à une époque où ces revendications sont encore largement taboues. Son parcours, souvent solitaire et marginalisé, en fait une figure de radicalité féministe précoce, redécouverte aujourd’hui.


Intellectuelle martiniquaise installée en France, Paulette Nardal anime dans l’entre-deux-guerres un salon littéraire où se croisent des étudiants et écrivains noirs venus des colonies et des États-Unis. Ses revues et ses textes participent à la naissance de la négritude, tout en articulant réflexion sur la condition des femmes noires, racisme et colonialisme. Elle incarne une figure de passerelle entre mondes francophones, anglophones et caribéens, longtemps restée dans l’ombre de ses homologues masculins.
Philosophe et écrivaine, Simone de Beauvoir publie en 1949 « Le Deuxième Sexe », œuvre majeure qui analyse la construction sociale de la féminité et devient un texte fondateur du féminisme contemporain. Elle participe aux grands combats féministes des années 1960–1970, notamment pour la contraception et l’avortement, et soutient activement les mouvements de libération des femmes. Par ses essais, ses romans et ses mémoires, elle propose une réflexion globale sur la liberté, l’engagement et la condition féminine au XXᵉ siècle.

